LE LABO DES IMAGES

Comment Instagram rend les ados accros ?

Comment Instagram rend les ados accros ?

Réseau social préféré des 16-25 ans devant TikTok, YouTube ou Snapchat, selon une étude de 2023, Instagram fait partie du cercle très fermé des applications ayant dépassé le milliard d’utilisateurs, de tous âges confondus. Devenu presque indispensable pour toute une génération Z qui s’informe, se confie, discute ou crée sur ce réseau social, comment peut-on expliquer un tel engouement ? Comment Instagram arrive à rendre les plus jeunes accros ?


Des fonctionnalités attrayantes

Instagram est le réseau social de l’image par excellence. Dès ses premières années, il se distingue de ses concurrents en mettant en vedette le partage de photos à ses amis. Bien que Twitter ou Facebook permettent également cela, ces réseaux sont davantage tournés vers le texte, ce qui n’est pas le cas d’Instagram. Comme le disait Nicola Mendelsohn en 2016, alors cadre chez Meta (la maison mère d’Instagram, Facebook et WhatsApp) : « Le texte est en déclin, nous l’observons au fil des ans. Si je devais parier sur l’avenir des réseaux sociaux, je dirais : vidéo, vidéo, vidéo ». À peine 7 ans plus tard, Instagram est le réseau social numéro 1 chez les 16-25 ans.

Si Instagram ne permettait lors de sa création en 2010 que le partage de photo, les usages de l’application se sont considérablement élargis au fil du temps et des mises à jour. Entre autres, cette application permet aujourd’hui le partage de vidéos, l’envoi de messages privés directs (faisant d'Instagram la seconde application de messagerie la plus utilisée devant Messenger ou Snapchat, mais derrière WhatsApp), la publication de stories (de courtes vidéos spontanées partageant votre journée et se supprimant automatiquement 24h après la mise en ligne), la diffusion de lives, etc.

Cette multiplication des façons d’utiliser ce réseau social témoigne de la volonté de nous faire rester sur l’application le plus longtemps possible.


Les pièges d’Instagram

Premièrement, Instagram utilise des algorithmes très développés pour nous garder dans ses filets. En créant un compte, nous acceptons explicitement la collecte de nos informations personnelles (adresse, âge, centre d'intérêts, hobbies, etc.) grâce auxquelles l’application arrive à nous proposer des vidéos ou photos qui nous plaisent et nous intéressent sans cesse. Peu importe l’heure à laquelle vous ouvrez l’application, vous tomberez sur une photo ou vidéo qui vous plaît, puis une autre, puis une autre, etc.

Il est ainsi possible de passer des heures à faire défiler les posts sur Instagram sans voir le temps passer. Les anglophones ont un terme pour cela, qui n’a à notre connaissance encore aucune traduction française : le doom scrolling (littéralement : défilement de l’enfer).

Les effets d’Instagram ou d’autres réseaux sociaux sur notre cerveau ne sont d’ailleurs pas à minimiser. Tristan Harris, chercheur informaticien travaillant sur la « crise de l’attention numérique » tire la sonnette d’alarme à propos des réseaux sociaux, dont il compare les stratégies de rétention des utilisateurs à celles des casinos et des machines à sous. Au même titre que ces machines, les réseaux sociaux sont pensés pour nous faire secréter une hormone bien particulière, responsable du plaisir : la dopamine. L’hormone de la dopamine est sécrétée dans notre cerveau pour nous récompenser, ce qui fonctionne parfaitement avec le système de « like » d’Instagram.

Secondement, l’application répond également au besoin de validation sociale recherché inconsciemment par tous. John R. Suler, enseignant-chercheur en psychologie, décrit bien ce procédé : « Quand nous partageons des photos, nous espérons que les autres vont valider les aspects de notre personnalité que nous avons intégré à ces images. Le fait de savoir que d’autres vont voir la photo partagée lui confère un plus grand pouvoir émotionnel, tandis que leurs commentaires lui donnent plus de poids ». Ces mécanismes de recherche de validation sociale sont d’autant plus développés chez les plus jeunes, la période de l’adolescence étant notamment celle où l’on cherche à construire son identité en se situant dans un groupe et par rapport aux autres. Dans ce contexte de socialisation, Instagram peut apparaître comme un « indicateur de popularité » aux yeux de certains, où un grand nombre de likes ou de followers jouent un vrai rôle dans la construction de l’estime de soi.


Instagram, source de stress

En 2017, des chercheurs de la RSPH (Royal Society for Public Health, l’organisation britannique indépendante de la santé publique) ont publié un rapport évoquant l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des 14-24 ans. Durant leur étude, un panel représentatif de jeunes a ainsi dû attribuer une note à chaque réseau sur différents critères, tels que le soutien émotionnel qu’ils trouvent dans le réseau, les comportements négatifs ou menaçants qu’ils ont constaté, la qualité du sommeil après utilisation, le stress provoqué, etc.

Parmi les 5 réseaux sociaux les plus populaires : YouTube, Twitter, Facebook, Snapchat et Instagram, ce dernier est de loin le plus nocif pour la santé, sur la base des notes données par les jeunes. Ce ressenti négatif dont témoignent les jeunes de l’étude n’est pas surprenant, Instagram étant souvent pointé du doigt par des spécialistes pour ses effets néfastes sur la santé mentale.

Parmi les impacts négatifs d’Instagram sur notre santé, nous pouvons souligner :
• L’apparition possible d’une forme d’addiction, avec notamment un syndrome dit « Fomo » pour « Fear of Missing Out », littéralement la peur de rater quelque chose. C’est ce biais cognitif qui nous pousse à toujours rafraîchir la page, toujours vérifier si quelque chose d'important n’a pas été publié.
• La comparaison sociale et l’estime de soi. Comme évoqué plus haut, Instagram peut jouer un vrai rôle dans la socialisation des adolescents et la construction de leur identité. Le problème étant que sur cette application, nous sommes constamment confrontés aux vies parfaites des autres, parfois sans prendre conscience que tout cela n’est que mise en scène (surtout pour les plus jeunes). La comparaison entre son propre quotidien et la vie « parfaite » présentée par certains comptes influents peut ainsi paraître dégradante pour des jeunes en recherche de repères.
• Plusieurs experts s’accordent également à dire que les réseaux sociaux peuvent participer à l’apparition de burn-out, voire faire office de déclencheurs, notamment à cause des raisons citées ci-dessus.

Pour aller plus loin, découvrez un épisode de la série documentée Dopamine, diffusé sur la chaîne arte.tv, qui évoque de façon claire et ludique les impacts d’Instagram sur notre santé.


L’ESSENTIEL :
• Instagram est le réseau social le plus populaire de la génération Z, étant celui de l’image par excellence.
• L’application use de différents moyens pour nous maintenir captifs, avec des algorithmes perfectionnés par exemple.
• Durant l’adolescence, les individus ont un besoin de se situer par rapport à leurs pairs. Instagram pouvant être vu par certains comme un indicateur, il peut devenir la source de pressions.
• Créant du stress pour de nombreux utilisateurs, le réseau social peut vite s’avérer néfaste lorsqu’on y accorde trop d'importance.

 

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