3 Avril 2026
Avec ses fonctionnalités pratiques et sa grande popularité, WhatsApp s’impose aujourd’hui chez beaucoup comme l’application de discussion par défaut. Appartenant au groupe Meta, l’application est le service de messagerie instantané le plus utilisé au monde en 2025, d’après l’étude « We are social/Meltwater ». Jouissant d’une bonne réputation, on se méfie en général assez peu de WhatsApp, souvent considéré comme un simple service de messagerie, différent des réseaux sociaux tels que TikTok ou Snapchat. Mais a-t-on raison de faire cette distinction ?
WhatsApp et les plus jeunes
Saviez-vous que l’âge minimum pour utiliser WhatsApp en France avait été rehaussé à 16 ans en 2018 ? Un âge étonnamment supérieur à celui requis pour utiliser Snapchat, Instagram ou encore TikTok (13 ans). Mais cette exception faite à WhatsApp n’aura été que temporaire : l’âge légal est repassé à 13 ans en 2024, afin d’aligner le réseau sur les autres du groupe Meta. Cela témoigne néanmoins d’une attention particulière à accorder aux plus jeunes sur cette plateforme.
Pour de nombreux enfants ayant l’interdiction d’aller sur un réseau social, WhatsApp reste l’alternative qui passe entre les mailles du filet des restrictions parentales. Dans l’étude « #BornSocial 2024 » réalisée auprès d’enfants de 11 et 12 ans, à la question « quelles sont les applications que tu utilises régulièrement », plus d’un enfant sur deux a répondu WhatsApp, deuxième réponse la plus citée après YouTube, et loin devant Snapchat ou TikTok. Ceci confirme le caractère privilégié de WhatsApp auprès de cette tranche d’âge, par rapport aux autres réseaux sociaux.
Parmi ces jeunes utilisateurs, 14% d’entre eux expliquent utiliser les fonctionnalités connotées « réseaux sociaux » de l’application, comme la publication de stories ou de statuts publics. D’autre part, on apprend dans l’étude « Internet Sans Crainte » que 43% des parents dont les enfants entrent en 6e ont fait le choix d’autoriser l’installation de WhatsApp sur le téléphone de leur enfant, contre 8% autorisant Snapchat et moins de 5% pour TikTok ou Instagram.
Si WhatsApp semble être l’application qui met parents et enfants d’accord, elle présente pourtant bien les mêmes dangers que les autres réseaux sociaux.
WhatsApp, plateforme privilégiée pour le cyber-harcèlement ?
D’après une enquête de l’Institut Audirep, réalisée en 2024, 44% des enfants cyber-harcelés le sont sur WhatsApp. Cela peut s’expliquer par la grande popularité des groupes - fonctionnalité phare de l’application - où les plus jeunes peuvent facilement se retrouver dans des groupes vides de tout adulte et toute modération (le groupe de la classe avec les autres élèves, celui des amis du club de sport, etc.). Le risque de dérive vers le harcèlement est bien présent dans ces groupes : intimidations, insultes… tout s’emballe avec l’effet de masse et la pression sociale forte chez les plus jeunes.
On trouve très facilement des témoignages de ce genre de situations sur internet. Maman-influenceuse, Charlotte Weaver partage ses impressions dans sa newsletter en ligne Numérique sa mère !. Elle relayait en mars 2025 un témoignage anonyme, présentant « le/la bon(ne) élève qui partage et rappelle quasi-quotidiennement sur le groupe de la classe les devoirs à faire pour le lendemain. Sauf qu’un jour, elle/il oublie de le faire ou se trompe, certains élèves qui n’ont pas rendu le devoir qu’ils auraient dû rendre écopent d’un 0 et le harcèlement commence sur le groupe avec des moqueries, des insultes ou du ghosting (qui consiste à ignorer une personne et ne plus lui répondre), ce qui est tout aussi violent. »
Comment protéger les plus jeunes ?
Malgré l'interdiction avant 13 ans en France, de nombreux utilisateurs quotidiens de l'application sont bien plus jeunes. Comment protéger les jeunes utilisateurs ?
Protéger votre enfant des autres utilisateurs
• Incitez votre enfant à n'échanger qu’avec des personnes de confiance (famille, amis). Les risques diminuent drastiquement si les discussions se limitent à quelques personnes proches.
• Expliquez qu’il ne faut jamais partager des données personnelles sur WhatsApp, au même titre que sur les autres réseaux sociaux. Photos de soi, adresse… certaines choses ne doivent pas être publiées (ou pas avant un certain âge) !
• Afin d’éviter que votre enfant soit ajouté à un groupe sans qu’il ne l'ait demandé, allez dans l’option « Groupes » des paramètres de confidentialité de l’application. Ici, vous pouvez choisir l’option « Mes contacts ». Ainsi, seuls les numéros enregistrés dans le téléphone pourront vous intégrer à un groupe, évitant qu’un adulte inconnu n’ajoute votre enfant à un groupe malveillant.
• Expliquez les fonctionnalités « Signaler » et « Bloquer », afin de permettre à votre enfant de réagir face aux autres utilisateurs de l’application, et de se protéger en ligne. D’une part, « Signaler » permet d’attirer l’attention des équipes de modération du réseau sur un message, un post ou un utilisateur qui, s’il est signalé par suffisamment de monde, pourra être examiné et supprimé s’il enfreint des règles. D’autre part, « Bloquer » un utilisateur l’empêchera de vous envoyer des messages, de voir vos statuts ou votre photo de profil, coupant ainsi tout lien numérique entre lui et vous.
Protéger votre enfant de WhatsApp
• Aussi utile soit-elle pour nous, le but premier de WhatsApp n’est pas de servir au mieux ses utilisateurs, mais bien de garantir des profits aux actionnaires de Meta (propriétaires de WhatsApp). Pour cela, l’application collecte les données personnelles de ses utilisateurs, et propose aux annonceurs de cibler plus efficacement leurs publicités sur certaines tranches d’âge, certaines régions, etc. Ainsi, l’application est fréquemment montrée du doigt pour sa collecte systématique des données des utilisateurs : localisation, fichiers envoyés, photos de profil, entre autres.
• Des alternatives à WhatsApp respectueuses des données personnelles existent, et se font une place de plus en plus grande dans nos téléphones, comme Signal ou Telegram. Il existe également des applications accompagnant les plus jeunes dans leurs usages des smartphones, tel que Xooloo, qui se dit « coach numérique » et encourage à un bon usage des écrans pour les enfants jusqu’à 12 ans.
L’ESSENTIEL :
• WhatsApp jouit d’une bonne réputation auprès des parents et des enfants en général, pouvant amener à minimiser ses risques.
• Les plus jeunes accèdent à WhatsApp en général beaucoup plus tôt qu’ils n’accèdent aux autres réseaux sociaux. En France, presque un enfant cyber-harcelé sur deux l’a été sur WhatsApp.
• Il est indispensable de paramétrer le compte d’un jeune utilisateur afin de garantir sa sécurité.
Sources et études citées :
> Étude #BornSocial 2024
> Étude Internet Sans crainte, 2024
> Étude de l’Institut Audirep pour e-enfance
> Numérique sa mère! Parentalité numérique